Œil pour œil (enfin presque)

Revue de presse

Vous l’avez probablement déjà lu : le 17 juin 2019, la présidente de la cour d’assises de versailles (Magali Tabareau) s’est pris un tir de balle en caoutchouc en pleine face, alors qu’elle se trouvait à son domicile. Il aura suffit de deux personnes à moto se faisant passer pour des livreurs.

En cohérence avec sa ligne éditoriale dégeulasse, Le Parisien a commis plusieurs articles permettant d’apprécier le sentiment des conservateurs. Dans un premier article on peut lire :

C’est un fait de violence extrêmement rare, une ligne blanche et un tabou qui ont été franchis.

Au-delà de l’usage impropre des termes “ligne blanche” et “tabou”, une réponse s’impose : les tirs de balles en caoutchouc en plein visage ne sont pas un fait rare mais une pratique policière hebdomadaire (19 071 tirs de LBD sur des manifestant.es entre novembre 2018 et mai 2019, 309 blessures à la tête ; cf. Allô place beauvau). Ce qui change ici c’est le statut de la victime : alors que les membres des groupes dominés sont la cible quotidienne des comportements de harcèlement, d’intimidation et d’agression par les membres des groupes dominants (voir Sapolsky, 2005), c’est ici un individu à haut statut social qui s’en prend littéralement plein la gueule. Ça c’est rare.

Alors qu’on refuse de parler de violence quand la flicaille porte gravement atteinte à l’intégrité physique d’autrui (voir cet article du journal Le Monde), un “ténor du barreau” affirme :

S’attaquer à l’intégrité d’un juge, c’est impardonnable.

Ce sinistre individu semble converger avec la cheffe de l’IGPN dans l’appréciation autoritaire suivante : (1) l’atteinte à l’intégrité physique d’autrui n’est pas un problème en soi, la sévérité du jugement moral doit dépendre du statut social de l’agresseur et du statut social de la victime, (2) l’atteinte à autrui est légitime quand l’agresseur est un individu dominant et la victime un individu subalterne, (3) l’atteinte à autrui est “impardonnable” quand la victime est un individu dominant et l’agresseur un subalterne.

Dans un deuxième article, Le Parisien nous inflige l’avis du proc de versailles :

les agresseurs ont “dépassé une limite qui ne peut être franchie”.

Tout d’abord, nous corrigeons la formulation foireuse de ce chien de garde : cette limite peut être franchie (une telle action – tir de balle en caoutchouc dans la face – est permise par les lois de la physique) et cette limite a été franchie ; en revanche nous comprenons que selon lui cette limite ne doit pas être franchie. Nous déplorons l’absence d’arguments permettant d’étayer ce jugement moral. Cette juge réputée pour “sa grande sévérité” contribue quotidiennement à l’exercice de la “terreur systématique” (utilisation disproportionnée de la violence par les institutions à l’encontre des membres des groupes dominés ; Sidanius & Pratto, 1999). Si la réaction la plus commune à la terreur institutionnelle est la crainte et la soumission, il peut se trouver des personnes motivées à sanctionner les individus dominants pour leur violence. Il est important de préciser que la motivation des deux motards demeure inconnue, mais la flicaille propose que ce tir de balle en caoutchouc soit une sanction à l’encontre de la juge en raison de son activité professionnelle.


Sur cette affaire, Désarmons-Les a publié un excellent article (enfin une source fiable, pas comme Le Parisien quoi) permettant de contextualiser l’événement et apportant des infos éclairantes sur le passif de cette juge  :

  • Novembre 2007 à Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) : une keufmobile percute violemment une moto et provoque la mort de deux adolescents, Lakhamy et Moushin. La ville s’embrase pendant plusieurs jours.
  • Le LBD est utilisé pour la première fois de manière expérimentale pour réprimer les émeutes de Villiers-le-Bel.
  • Juge d’instruction dans l’affaire de la mort de Lakhamy et Moushin, Magali T. prononce en 2009 un non-lieu en faveur des keufs impliqués.
  • Magali T. joue également un rôle important dans la répression des émeutes de Villiers-le-Bel : en 2010, elle renvoie cinq jeunes devant la cour d’assises sur la base de témoignages anonymes, dont les frères Kamara qui seront condamnés à 12 et 15 ans de prison.

Ainsi, il faudra quelques mois seulement à Magali T. pour innocenter la flicaille assassine et encager des insurgé.es. Désarmons-Les évoque une autre affaire éclairante :

  • En 2013, Magali T. a condamné un homme à 7 ans de prison pour vente de drogue sur la base d’un dossier comprenant un faux en écriture.
  • En nous renseignant, nous découvrons que ce faux en écriture est le fait de la juge Sabine Kheris, actuellement en charge du dossier d’Antonin Bernanos maintenu en détention provisoire et à l’isolement depuis plus de 2 mois maintenant (voir ici).

Désarmons-Les rappelle utilement qu’il est tout sauf certain que le tir de balle en caoutchouc sur Magali T. soit un acte politique lié à l’utilisation du LBD ou à la répression en général. Mais ce pourrait être le symptôme d’un rapport à l’institution judiciaire moins emprunt de crainte et de résignation (voir ci-dessus).


Un autre article dans Le Parisien contient d’excellentes nouvelles (pour nous, en tout cas) énoncées par Béatrice Brugère, sécrétaire générale d’Unité Magistrats FO :

On constate une progression très inquiétante des outrages à l’audience et une perte progressive d’autorité pour ces fonctions

Enfin ! Plus de fun ici 😉 !