Presentation

Anarchist Black Cross – Section Paris / Île-de-France

 

Sommaire

1. Anarchist Black Cross - La solidarité est 
notre arme
2. Brève histoire de l'Anarchist Black Cross
2.1. Origines
2.2. "Sortir du ghetto anarchiste"
2.3. Aujourd'hui
3. Anarchist Black Cross - Section Île-de-France
3.1. Lutte anti-carcérale
3.2. Défense juridique
3.3. Anti-répression
3.4. Autodéfense numérique
3.5. Soutien psychologique
3.6. Sports de combat
3.7. Fonctionner en réseau

1. Anarchist Black Cross – La solidarité est notre arme

“Any movement that does not support its political internees is a sham movement.” (Ojore N. Lutalo)

Commençons par les faits. Nous observons actuellement en france une augmentation : (i) de l’utilisation de la violence par les institutions (e.g., inflation des mesures et actions attentatoires à la dignité, l’intégrité, aux droits et libertés des personnes, des mesures pénales favorisant l’incarcération), (ii) de l’utilisation de la violence par les forces de sécurité, dans un contexte d’impunité (e.g., inflation du nombre de passages à tabac, mutilations, meurtres ; cf. note 1).

“Par temps de rage il est question de prise de position” (La Canaille). Nous annonçons donc la création d’une section Île-de-France (IDF) de la Croix Noire Anarchiste (“Anarchist Black Cross” : ABC). L’ABC est un réseau international de collectifs engagés dans la lutte anti-carcérale et plus largement dans l’anti-répression. L’ABC est connue pour son soutien juridique et matériel aux prisonnier.es dit.es politiques, mais aussi aux personnes incarcérées pour leur action ou leur résistance contre le capitalisme, la répression (atteintes aux personnes en raison de leur opposition aux arrangements sociaux – e.g., violences policières, judiciaires) et les oppressions (atteintes aux personnes en raison de leur appartenance supposée à une catégorie – e.g., violences racistes, sexistes, homophobes). L’ABC lutte pour une organisation sociale basée sur l’égalité de statut, de ressources et de condition de vie, la solidarité, l’entraide et la coopération, l’autogestion et la propriété commune. Chaque collectif ABC agit selon le contexte local et ses possibilités, suivant un certain nombre de principes :

  • A-légalisme, les actes politiques ne sont pas évalués au regard de leur légalité.
  • Abolitionnisme, l’objectif est non pas la réforme de la prison mais sa suppression, principe étendu à l’ensemble des outils d’oppression et de répression (e.g., état, police, armée, frontières).
  • Internationalisme, les collectifs ABC sont solidaires entre eux et soutiennent les personnes, collectifs, communautés et mouvements réprimés à travers le monde pour leur lutte contre le capitalisme, la répression et les oppressions.

2. Brève histoire de l’Anarchist Black Cross

2.1. Origines

Initialement appelée “Anarchist Red Cross”, l’ABC a été créée en russie dans le contexte de la révolution de 1905 afin d’organiser l’aide aux prisonnier.es politiques et l’autodéfense contre les raids politiques militaires. Le premier groupe ABC londonien est créé en 1907 et réunit entre autres Kropotkine, Rocker, Shapiro et Tcherkezichvili. Le premier groupe ABC étasunien est fondé la même année à New York et réunit entre autres Louise Berger et Emma Goldman. Durant la guerre civile russe (1918-1921), l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne met en place des groupes ABC “de terrain”. Leur activité comprend le soin médical et psychologique ainsi que le combat. Après la répression de Kronstadt (1921), les groupes ABC russes sont confrontés à une intense répression avant d’être interdits en 1925. L’ABC se reforme dans les années 1960 en grande-bretagne avec comme but premier de soutenir les prisonnier.es anarchistes de l’espagne franquiste. Des collectifs ABC sont créés dans plusieurs villes européennes ainsi qu’en amérique du nord, où ils soutiennent des prisonnier.es politiques comme Lorenzo Kom’boa Ervin et Mumia Abu-Jamal.

2.2. “Sortir du ghetto anarchiste”

Des anarchistes comme Lorenzo Kom’boa Ervin ont contribué à l’évolution des pratiques de l’ABC. Draft Proposal for an ABC Network (Ervin, 1979) présente des arguments pour la constitution d’un mouvement international de soutien aux prisonnier.es. Anarchism and the Black Revolution (Ervin, 1979) présente les principes d’un anarchisme orienté vers la lutte des classes (“class struggle anarchism”) et la pertinence de tels principes pour le mouvement de libération noire. Lorenzo Kom’boa Ervin dénonce le manque de prise en compte de la question du racisme d’état au sein des groupes anti-autoritaires et appelle à “sortir du ghetto anarchiste” pour la construction d’un mouvement de masse uni. Il participe à la construction d’un réseau anti-autoritaire de collectifs communautaires, en particulier dans les quartiers noirs et les quartiers pauvres. Ce réseau lutte activement contre les violences policières, le ku klux klan, l’incarcération de masse, le chômage et la pauvreté qui affectent les communautés opprimées. Initialement réservé aux prisonnier.es anarchistes, le soutien de l’ABC s’est étendu aux prisonnier.es de la gauche révolutionnaire puis aux personnes incarcérées pour leur résistance au capitalisme, à la répression et aux oppressions (e.g., violences policières, judiciaires, patronales, conjugales, racisme, sexisme, homophobie). En 1995, les groupes ABC étasuniens se regroupent en fédération.

2.3. Aujourd’hui

Il existe aujourd’hui un grand nombre de collectifs ABC autonomes réunit dans un réseau international informel (seuls les collectifs ABC étasuniens sont regroupés en fédération). Au-delà de la lutte anti-carcérale, les collectifs ABC participent activement aux luttes anti-autoritaires et anti-capitalistes. Ils soutiennent l’action directe et l’organisation collective sur les lieux de travail, d’étude, au sein des communautés et dans la rue, comme autant de moyens pour reprendre le contrôle de nos vies et créer une société basée sur l’entraide et la coopération. L’ABC européenne est particulièrement active en allemagne, au danemark, en grèce, ou encore en grande-bretagne (e.g., “Green & Black Cross” regroupant différents collectifs). Chaque collectif ABC agit selon le contexte local et ses possibilités : collectes de fonds, lutte contre l’isolement des personnes incarcérées (e.g., lettres, parloirs), information, rencontres et débats, actions revendicatives, campagnes, ateliers de formation collective, ABC Festivals.

3. Anarchist Black Cross – Section Île-de-France

Parce que la meilleure défense contre la répression est la préparation, nous pensons que soutien et formation collective s’inscrivent dans une même logique, celle de rendre les pratiques d’autodéfense populaire accessibles au plus grand nombre. Plus encore, nous aimerions nous organiser de façon à donner une tournure offensive à l’autodéfense.

Nous avons beaucoup d’envies, d’attentes, et avons l’impression que nous pourrions apporter plusieurs pierres à l’édifice. Comme nous voulons faire preuve de transparence, nous souhaitons partager nos projets avec vous. Certains se feront, d’autres pas, mais dans tous les cas, nous essaierons de tenir compte de nos succès comme de nos échecs et de publier des bilans critiques de nos activités régulièrement.

3.1. Lutte anti-carcérale

L’ABC-IDF apportera son soutien aux personnes incarcérées pour leur action ou leur résistance contre le capitalisme, la répression et les oppressions. Ce soutien sera assuré selon différentes modalités :

  • Organisation régulière d’ateliers d’écriture aux détenu.es.
  • Visites
  • Caisses de solidarité
  • Information, rencontres et débats, actions revendicatives, campagnes

Nous apporterons également un soutien aux proches de personnes incarcérées (e.g., information, accompagnement). Aussi, l’ABC-IDF est attentive au développement des peines dites alternatives (e.g., bracelet électronique) et apportera son soutien aux victimes de ces peines.

Enfin, l’ABC-IDF souhaiterait mettre en place des moments d’échange sur la survie psychologique en détention. Pour dépasser le sentiment d’effroi que suscite l’incarcération, nous souhaiterions aborder les comportements que l’on peut adopter afin de réduire l’impact psychologique de la détention.

3.2. Défense juridique

L’ABC-IDF souhaite assurer une activité d’information, de formation collective et de soutien juridique. Nous aimerions également proposer des moments d’échange sur la défense collective, notre conviction étant que nos méthodes de défense seront d’autant plus efficaces qu’elles seront partagées par le plus grand nombre et non aliénées au code pénal. Nous souhaitons notamment questionner/développer des modalités de défense minorées (e.g., refus de plaider). Enfin, nous sommes sensibles à la situation des personnes craignant avec raison pour leur sécurité du fait de leur appartenance supposée à une catégorie (e.g., ethnique, politique) et refusant, en raison de ladite crainte, de se soummetre à une injonction policière/judiciaire.

3.3. Anti-répression

Garde-à-vue (GAV)

“Susciter l’effroi pour faire cracher le morceau”. Chaque année en france, plus de 900 000 personnes sont placées en GAV, dans des conditions attentatoires à leur dignité. La GAV est une étape importante de l’enquête pénale. Son objet est l’audition, les flics tirant un profit maximal de ce moment : obtenir une “reconnaissance de culpabilité” permet d’asseoir des procédures qui reposent sur des éléments matériels fragiles. L’ABC-IDF souhaite mettre en place des ateliers de formation collective à la survie en GAV : comment se comporter en audition (e.g., ne rien déclarer, refuser les procédures de fichage), comment gérer le stress de la privation de liberté, comment réduire la détresse psychologique induite par les conditions dégradantes de la GAV.

Organisation, actions, manifestations

Enfin, nous souhaitons participer à une réflexion collective sur les modalités d’organisation des groupes et réseaux de lutte afin de réduire notre vulnérabilité à la répression (e.g., définition de modèles de menace, groupes fermés vs semi-ouverts vs ouverts, organisation en cellules). Dans cette perspective, nous souhaitons également participer à l’amélioration de nos modalités de préparation aux actions et manifestations.

3.4. Autodéfense numérique

Les téléphones, les ordinateurs et Internet tendent à prendre de plus en plus de place dans nos vies, ce qui pose la question du contrôle de nos informations personnelles. Celles-ci finissent souvent par nous échapper, parce que les technologies laissent des traces, ou simplement parce qu’on ne fait pas attention. Elles peuvent alors être exploitées pour identifier des liens entre individus et être employées comme éléments à charge. L’ABC-IDF organisera régulièrement des ateliers d’autodéfense numérique. Ces ateliers aborderont l’usage des ordinateurs et des téléphones, la sécurité hors ligne et en ligne (théorie, installation, pratique). Nous présenterons des cas d’usages typiques, les outils nécessaires à la mise en œuvre de politiques de sécurité et les usages de ces outils (e.g., cryptographie asymétrique, routage en oignon).

3.5. Soutien psychologique

L’ABC-IDF souhaite proposer un soutien psychologique aux personnes réprimées ainsi qu’à leurs proches. La démarche est solidaire et politique : l’objectif est de diminuer l’impact psychologique de la répression, de favoriser la récupération psychologique, et ainsi la poursuite du combat politique. Nous souhaitons favoriser une certaine diversité dans les modalités de soutien : parole, apprentissage de la relaxation, entraînement à la gestion du stress, promenades en nature, activités artistiques et sportives. L’ABC-IDF souhaite également proposer des moments d’échange sur le soutien psychologique face à la répression politique, et les conséquences pour les collectifs en lutte du stress enduré.

3.6. Sport de combat

Parce que l’agression physique est au fondement des pratiques policières et du militantisme d’extrême-droite, parce que notre corps est notre premier outil de lutte : l’ABC-IDF proposera des cours de sport de combat (e.g., karaté kyokushin) et des cours de fitness (ensemble d’activités physiques permettant d’améliorer sa condition physique).

3.7. Fonctionner en réseau

Il est important d’éviter tout malentendu sur la démarche de l’ABC-IDF :

  • L’ABC-IDF ne prétend pas se substituer aux collectifs déjà existants. Notre souhait est d’entretenir un dialogue constant et de développer nos activités à partir des besoins exprimés.
  • L’ABC-IDF n’a aucune prétention à l’hégémonie, au monopole d’une expertise, à la “prestation de services”. Nous souhaitons contribuer à un effort collectif d’émancipation sur la base du partage, de l’entraide et de la solidarité.

Nous avons une envie réelle de connexion et de communication, ainsi qu’un grand respect pour le travail déjà accompli, en IDF comme ailleurs. Nous souhaitons travailler main dans la main avec les autres collectifs existants, tant au niveau local (avec les autres collectifs, comités, assemblées ou groupes de défense juridique, de lutte anti-répression ou anti-carcérale) qu’au niveau global (avec les autres ABC notamment).

N’hésitez donc pas à nous contacter pour un début de collaboration, une proposition, ou tout autre échange !

 

Note 1. En ce qui concerne spécifiquement la répression, nous observons une inflation des pratiques attentatoires aux personnes : intégration de l’état d’urgence dans le droit commun, militarisation des forces de sécurité, retour de la loi “anti-casseurs” (adoptée en 1970 et abrogée en 1981), retour des brigades motorisées (corps policier dissous en 1986 après l’assassinat de Malik Oussekine), etc… En termes de blessé.es, le bilan du mouvement des “gilets jaunes” est sans précédent depuis Mai 68 (e.g., Jobard, 2018). Au 23 mai 2019, les chiffres officiels (ministère de l’intérieur) signalent environ 2 448 manifestant.es blessé.es, 13 460 tirs de LBD-40 (calibre de guerre), 1 428 tirs de GLI-F4 (grenade contenant 25g de TNT), 4 942 tirs de grenades de dés-encerclement depuis le début du mouvement (17 novembre 2018). Au 26 mai 2019, le site web “Allô place beauvau ?” signale 1 décès (Zineb Redouane), 289 blessures à la tête, 24 personnes éborgnées, 5 mains arrachées, 800 signalements. A cette même date, aucune poursuite n’a été engagée pour violences policières. En ce qui concerne la privation de liberté, au 24 mars 2019 les chiffres officiels (ministère de l’intérieur) signalent qu’environ 8 700 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement. Environ 2 000 personnes ont été condamnées par l’institution judiciaire, dont 40% à des peines de prison ferme. Plus de 1 300 personnes ont été jugées en comparution immédiate, et 390 personnes ont été condamnées à de la prison ferme avec mandat de dépôt. Environ 1 800 personnes sont dans l’attente de leur jugement.

L’inflation de mesures pénales favorisant l’incarcération est un autre marqueur d’une dynamique autoritaire. Le “plan prison” du gouvernement macron prévoit 15 000 places supplémentaires d’ici à 2027, soit un agrandissement de 25% du parc carcéral. Entre 1990 et 2018, 23 324 places de prison supplémentaires ont déjà été créées (60 139 en 2018, contre 36 815 en 1990). Parallèlement, le nombre de détenu.es a augmenté de 25 641 (71 061 en décembre 2018, contre 45 420 en 1990). En juillet 2018, la France a atteint un taux de détention inégalé depuis le XIXe siècle, avec 70 710 personnes incarcérées. Cette inflation de la population carcérale est le fait non pas d’une augmentation de la délinquance mais des orientations de la politique pénale. Les facteurs causaux identifiés sont (entre autres) : (i) la pénalisation d’un nombre croissant de comportements, (ii) le développement de procédures de jugement rapide comme la comparution immédiate (procédure huit fois plus pourvoyeuse de prison que les audiences classiques, 70% des peines prononcées sont des peines de prison ferme), (iii) l’augmentation des incarcérations pour des peines inférieures à un an (40% de la population carcérale en 2017) et l’allongement de la durée des peines, (iv) l’augmentation récente de la détention provisoire (20 343 personnes présumées innocentes détenues au 1er janvier 2019, contre 16 549 en janvier 2015 – soit une augmentation de 23% en quatre ans). (Source : OIP, 2019)