Alors, prêt·e pour les fêtes ? Non ! Tu as oublié quelque chose !

Tout système pénal possède un arsenal de sanctions, et parmi ces sanctions la peine de prison crée particulièrement des souffrances. Si les critiques à l’encontre de la police et de la justice s’amplifient, la question de la prison demeure malheureusement sous-traitée. Une conséquence directe est le faible niveau de solidarité s’exprimant en direction des personnes détenues. Nous partageons ici un texte initialement publié sur paris-luttes.info (ici).


La période de fin d’année est particulièrement éprouvante pour les personnes en détention. Alors, plus que jamais, prenons notre courage à deux mains et notre stylo, et écrivons aux détenu·e·s ! L’écriture est une façon accessible de briser l’isolement carcéral, de créer des liens, de montrer que dehors nous sommes solidaires.

Les fêtes de fin d’année sont l’une des périodes les plus difficiles quand on est incarcéré·e. Que l’on soit ou non sensible au calendrier chrétien, tout, des publicités enjouées (voir note 1) aux pétards à l’extérieur en passant par l’humeur des matons, tout rappelle que les autres, de l’autre côté du mur, s’apprêtent à passer de bons moments. Aussi, les jours sont plus courts et la cellule plus sombre. Les jours fériés repoussent les parloirs (voir note 2), les cantines (voir note 3), les coups de téléphone (voir note 4). Ce que certain·e·s d’entre nous préparent avec joie, s’annonce déprimant pour nos proches, ami·e·s et compagnon·ne·s derrière les barreaux.

S’évader mentalement pour mieux faire face

Les personnes détenues peuvent passer jusqu’à 23h/24 enfermées dans une cellule de 9m2 partagée avec une ou plusieurs personnes détenues, certaines devant dormir sur un matelas à terre. En cellule disciplinaire (mitard), le régime est encore plus violent : les personnes détenues n’ont droit à aucune activité ni à des affaires personnelles. Elles sont placées dans des cellules de 5 à 6 m2, avec pour seul équipement des W.C. non cloisonnés, une tablette et un lit scellé au sol. Elles ne peuvent en sortir qu’une heure par jour pour se rendre dans une petite cour de promenade individuelle surplombée de grillage. Cette sanction administrative est la plus prononcée (plus de 7 fois sur 10) et peut durer jusqu’à 30 jours.

Toutes les personnes détenues peuvent écrire et recevoir des lettres, sans limitation quant à la longueur des écrits ou à la fréquence des lettres. En détention, recevoir du courrier est important pour tenir moralement. C’est une marque de soutien et un lien avec l’extérieur. Le courrier signale également à l’administration pénitentiaire et aux maton.nes que la personne n’est pas isolée : c’est important si elle subit (ou est susceptible de subir) des violences.

Des adresses, un atelier d’écriture

Pour favoriser l’écriture aux personnes en détention, la section francilienne de l’Anarchist Black Cross (ABCIDF) met à disposition sur son blog des adresses de personnes incarcérées souhaitant recevoir du courrier ainsi que des conseils pour l’écriture.

Aussi, l’ABCIDF organise chaque mois un atelier d’écriture aux personnes incarcérées. L’ambiance y est chaleureuse et vivante. On valorise la diversité des pratiques pour permettre à chacun·e de s’exprimer selon ses envies : carte postale, écriture individuelle, mais aussi collective, dessin, découpage, etc. On propose notamment d’écrire collectivement aux dos d’affiches jolies et subversives. On peut aussi frotter des cartes postales avec de la cannelle, glisser des paillettes dans les enveloppes, etc.

Le prochain atelier aura lieu le dimanche 5 janvier 2020, et nous organisons une “soirée de l’écriture” pour le jeudi 16 janvier 2020 (discussion, projection, cantine, écriture de lettres solidaires – plus d’infos bientôt).

On espère vous voir nombreux·euses !

Notes

1. Les personnes détenues ont souvent un téléviseur dans leur cellule. Mais elles doivent le louer pour 14€ par mois.

2. Les délais et les créneaux de réservation des parloirs (visites) varient selon les prisons. Le temps d’attente peut être long. Le nombre de visites hebdomadaires autorisées dépend du statut de la personne détenue : trois visites hebdomadaires pour les personnes en attente de leur jugement, et généralement une seule visite hebdomadaire pour les personnes condamnées.

3. La cantine est un système de vente par correspondance géré par l’administration pénitentiaire et imposant des prix particulièrement élevés. La survie en taule impose malheureusement un recours à ce service. L’administration pénitentiaire distribue gratuitement deux repas par jour, mais les quantités sont souvent insuffisantes et la qualité de la nourriture médiocre et déficiente en produits frais. Un kit d’hygiène est fourni à l’arrivée en prison, mais il n’est pas toujours renouvelé. De même, pour l’entretien des cellules, des produits de nettoyage doivent être fournis, mais leur distribution est parcimonieuse. Pour tout complément (aliments supplémentaires, produits frais, hygiène, timbres, etc.), les personnes détenues doivent faire des achats en cantine…

4. Toutes les personnes détenues sont autorisées à passer des appels téléphoniques depuis la prison. La fréquence, la durée des communications et les créneaux d’accès au téléphone sont fixés par le règlement intérieur de la prison. En quartier disciplinaire, la fréquence est limitée à un appel tous les 7 jours.