Deux textes sur l’écriture aux détenu.es

Nous partageons ici deux textes apportant informations et conseils sur l’écriture aux personnes incarcérées. Il est important de connaître les contraintes inhérentes à l’écriture anti-carcérale avant de s’engager dans cet acte militant, afin de s’assurer que nos lettres arriveront bien à destination, et que leur contenu sera “adapté” (ne pas compromettre soi ou autrui, sans nécessairement se censurer politiquement). Mais il est également important de prendre conscience de toutes les possibilités qui s’offrent malgré tout à nous : l’écriture aux personnes incarcérées peut être riche, inventive, subversive !


Manuel de survie pour écrire des lettres aux prisonnier.ères

Source : https://hambacherforst.org/blog/2019/01/28/knast-briefe-schreiben-survival-tricks/Knast-Briefe-Schreiben-Survival-Tricks

Ecrire des lettres (à des gens que tu ne connais pas) n’est pas toujours facile. Voici quelques idées. Si tu en as d’autres qui ne sont pas listées, tu peux volontiers les ajouter.

Est-ce qu’il t’est arrivé dernièrement, ou bien n’importe quand, quelques trucs fous ou bien amusants, ou bien est-ce qu’on t’en a racontés ? Ce n’est pas grave s’il n’ont aucun rapport avec la situation. Une anecdote est une anecdote. Cependant, n’oublie jamais que les flics les liront aussi !

Par exemple :

  • Hier, mon/ma coloc Alex a trouvé un pigeon blessé et s’occupe de lui depuis. Nous l’avons nommé Mike…
  • La semaine dernière, nous avons trouvé 10kg de bougies et de caviar pendant la récup’. Je trouve que le caviar a un goût de confiture aux myrtilles salée, mais bon…
  • Je suis en train de lire ce fameux livre sur cette princesse, qui veut absolument épouser la grenouille. Stylé !

Ecris sur ce qu’il se passe dans le monde. Les taulard.es sont généralement au courant de ce que la plupart des médias rapportent, grâce à la radio. Tu peux donc te lâcher sur ces sujets-là. Mais il est aussi toujours intéressant et sympa d’entendre, à l’intérieur, ce que A-Radio [une radio anarchiste allemande] ou le Autonome Blättchen [une revue autonome allemande, où les revendications ont la part belle] racontent en ce moment – qu’il se passe encore des trucs dehors (ou pas, selon les dernières nouvelles). Ou encore, ce qu’il se passe en gros en ce moment dans le milieu (par exemple “La semaine dernière, un nouveau terrain de roulottes a été squatté” ou “il y a eu une manif contre la mort aux rats” – fais toujours bien attention alors à ne jamais évoquer ta participation ou celle des autres !).

Informe les gens à l’intérieur des luttes dehors, ou dans les autres taules, contre les taules et la justice (par exemple : “Dernièrement, il y a des gens à Berlin et à Breme qui ont mit le feu aux tribunaux” ou “le syndicat de prisonnier.es de la maison d’arrêt Werl a pu pour la première fois tenir légalement une assemblée des membres du syndic”) – cela donne de l’espoir et encourage à se mobiliser pour améliorer sa propre situation !

Paroles de chanson, poésie, énigmes (sudoku, charades et autres devinettes), instruction d’origami… Tout ce qui donne un peu de divertissement hors de la monotonie du quotidien gris peut être constructif !

Dessine ou lâche-toi sur la colle et les paillettes. Cela peut être super, quand tu ne sais plus quoi écrire. Parfois, on pense alors finalement à un truc qui vaut la peine d’être raconté (mais certains matons refusent de donner des papiers collés aux détenu.es).

Fourre aussi des photos, des paillettes, des énigmes, des autocollants, des plumes, des feuilles et fleurs séchées, des poils de chien, des découpages et des images de magazines et de journaux dans l’enveloppe. Là aussi : si tu veux être sûr.e que la personne incarcérée reçoive ce que tu lui as écrit, n’exagère pas. Mais cette personne se réjouira d’autant plus quand une enveloppe surchargée arrivera, pour une fois, jusque dans sa cellule !

Si tu n’as pas grand-chose à écrire, une carte postale est bien pratique.

Il y a aussi des jeux (en groupe) sur papier. Tu peux ensuite envoyer le résultat :

  • Une personne dessine une tête sur un bout de papier et le plie. La personne suivante dessine un tronc et le plie, puis des jambes, des pieds, etc., et puis vous envoyez le résultat.
  • Une personne écrit une phrase, genre “Tonton Alfred et un singe vont faire les courses”, la personne suivante lit la phrase et dessine dessous ce qui est écrit, puis plie la partie avec la phrase, et la personne d’après interprète l’image et écrit ce qu’elle y voit, etc.

Chouine à propos du dernier drame dans ta coloc, dans ta relation ou au travail (ok, pas forcément si tu ne connais pas les personnes à qui tu écris, mais ne te contrains pas non plus. ça peut être très libérateur de l’écrire, et pour la personne à l’intérieur, ça peut être aussi très intéressant de recevoir tes ragots, en tout cas, moi, ça me plairait bien).

Ecris à quel point tu hais les flics, l’état, le système, la prison, etc., et pourquoi tu les détestes à ce point : enchaîner des phrases vides est chiant, dedans comme dehors.

Si tu espères recevoir une réponse, ajoute toujours quelques timbres : il y a encore moins d’argent dedans que dehors. Ne sois pas triste si tu ne reçois pas de réponse : les gens dedans ont aussi d’autres choses à faire ou peut-être, là tout de suite, aucune envie d’écrire !

Mais il peut aussi être important, surtout pour les prisonnier.es avec de longues peines, d’écrire dans la continuité, de mener des discussions, de se disputer. Laisse-toi embarquer dans les réponses que tu reçois. Les lettres sont souvent le seul contact qu’iels ont avec les personnes du dehors, et ce contact ne doit donc pas être rempli que par du bavardage sans sens. Demande à la personne quels sont ses besoins – il y a beaucoup de possibilités, dehors, que les gens dedans n’ont pas (par exemple chercher un truc vite fait sur internet). Soigne la relation avec cette personne et, autant que possible, ne coupe pas les ponts juste comme ça !


Écrire aux prisonnier.e.s (Anarchist Black Cross Dijon)

Source : https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1153

Écrire à des prisonnier-e-s peut paraître très difficile, surtout lorsque l’on écrit pour la première fois à quelqu’un qu’on ne connaît pas. On a souvent l’impression de ne pas savoir quoi dire, ou le sentiment que ce que l’on va écrire ne va pas intéresser les personnes incarcérées. La plupart d’entre nous y ont déjà été confronté-e-s et ont dû surmonter cet obstacle. Voici donc quelques suggestions pour vous aider. Chacun-e a sa propre manière d’écrire et rien ne vous oblige à suivre ce petit guide à la lettre, mais vous pourrez probablement y trouver des informations utiles.

Certaines prisons limitent le nombre de lettres qu’un-e prisonnier-e peut envoyer ou recevoir. L’achat de timbres et d’enveloppes peut également représenter un problème étant donné que les détenus sont souvent pauvres. Ne vous attendez donc pas forcément à recevoir une réponse. Certaines prisons autorisent l’envoi de coupon-réponses internationaux ou de timbres, mais il vaut mieux vérifier auprès de l’administration pénitentiaire ou avec le prisonnier. Le courrier est souvent intercepté, ouvert, lu, retardé, « égaré »… Si vous pensez qu’une lettre a été ou sera interceptée, vous pouvez envoyer le courrier en recommandé, ce qui garantit au moins que la lettre sera ouverte en présence de la/du détenu-e. Nous vous conseillons également de dater vos lettres, de noter tout ce que contient votre enveloppe, et d’écrire une lettre auprès du directeur de la prison en cas de « confiscation » de quelque chose. N’oubliez pas d’écrire l’adresse de l’expéditeur, car c’est obligatoire dans certaines prisons. Vous pouvez utiliser une fausse adresse, mais dans ce cas la/le prisonnier-e ne pourra pas vous répondre. Attention, certaines prisons n’acceptent pas les boîtes postales !

Si vous écrivez pour la première fois :

  • Présentez-vous.
  • Précisez éventuellement de quelle façon vous avez entendu parler de son incarcération.
  • Si vous écrivez à un-e prisonnier-e politique que vous croyez innocent-e, faites-le lui savoir. Cela peut mettre la/le détenu-e en confiance.
  • En ce qui concerne les personnes emprisonnées des suites de luttes radicales, il est primordial de les informer sur la poursuite des mouvements à l’extérieur, de leur parler des actions/campagnes en cours, de leur envoyer des publications qui pourraient les intéresser, de parler avec elles/eux de théorie ou de stratégie. Cependant réfléchissez bien à ce que vous direz : certain-e-s prisonnier-e-s ne demandent qu’à oublier tout cela et à purger leur peine.
  • Si vous voulez le soutenir ou si vous lui proposez d’entamer une campagne de libération, soyez très clair sur ce que vous pouvez faire. N’exagérez pas ! Vous pouvez apparaître comme une immense lueur d’espoir à un-e prisonnier-e incarcéré-e pour de nombreuses années. L’espoir est important mais n’en faîtes surtout pas trop car à l’inverse vous pourriez sérieusement décevoir et déprimer la personne.

Certaines personnes, lorsqu’elle écrivent à des prisonnier-e-s, craignent de parler de leur propre vie, de ce qu’elles font, en pensant que cela pourrait déprimer ou tout simplement ne pas intéresser ces détenu-e-s incarcéré-e-s pour une longue période. Cela pourrait peut-être s’avérer vrai dans certains cas, mais la plupart du temps, l’arrivée d’une lettre est le meilleur moment de la journée. La vie en prison est caractérisée par l’ennui et la routine, et des nouvelles de l’extérieur, provenant de gens que le prisonnier connaît ou non, sont généralement les bienvenues. Attention au contenu des lettres qui pourrait attirer des ennuis aux détenu-e-s ou à vous-mêmes. L’arrivée d’une réponse de la part de la/du prisonnier-e vous réchauffera sûrement le cœur, donc écrivez !

Quelques mots en plus…

par Soledad

Il est possible d’envoyer aux personnes incarcérées aux USA un courrier par le système « jpay » (qui permet aussi des vidéoconférences – si la personne y est autorisée – ou d’envoyer de l’argent). Le courrier arrive à la prison le jour même et maximum le surlendemain (mais le contrôle du courrier peut prendre plusieurs semaines dans certains cas).

Il faut s’enregistrer (ce qui est gratuit, ne prend que quelques minutes et nécessite seulement une adresse mail) sur le site jpay.com. Il faut ensuite entrer le nom de l’État dans lequel la personne est détenue (pour les « Cinq de Lucasville », c’est l’Ohio) et le numéro d’écrou (à six chiffres, sans espace ou autre signe). Apparaît alors une page classique d’envoi de mail.

Le service coûte à peu près 0.60€ (mais il faut payer autour de 0.60€ pour chaque photo ajoutée au courrier) et il permet également d’envoyer des timbres à la personne incarcérée. On peut également recevoir des courriers de prisonniers par ce système. Le paiement doit se faire par carte bancaire.

Même si le service est plus rapide que la traditionnelle Poste et que, dans certains cas, il permet de gagner un temps précieux, on trouve que le courrier est plus sympa – et qu’il vaut mieux éviter de faire prospérer l’« industrie de la punition ». Pour les États-Unis, le timbre est à 0.98€ pour une lettre simple.

Les lettres de soutien aux « Cinq de Lucasville » sont les bienvenues. Certains ne répondent quasiment jamais. On peut être solidaire des « Cinq de Lucasville » sans approuver toutes leurs opinions politiques, passées ou actuelles, ou le choix qu’ils ont fait d’appartenir à tel ou tel gang. Écrire à des prisonniers est simplement un geste de solidarité avec des victimes de la répression, ni plus, ni moins.

Les prisonniers privés de contacts humains pendant de longues périodes demandent souvent à recevoir des photos de leurs correspondant.e.s. Cela les aide à réaliser qu’ils échangent avec de « vraies » personnes.